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Les bons remèdes du Docteur Dandy.

Référentiel, créativité, communication et repères fictionnels.

Publié le 5 Juin 2014 par Dr Dandy in vie réelle, théorie, jeux de roles, fantastique, science fiction, jeux de rôles, communication

Référentiel, créativité, communication et repères fictionnels.

Une conséquence dommageable de la mondialisation et de l’accès global à l’information est l’idée reçue que nous partageons tous les mêmes références. La geekosphère se complait dans une culture alternative qu’il est important de connaitre jusqu’au bout des doigts sous peine ne plus pouvoir participer aux discussions référencées. Ce référentiel culturel devient de plus en plus tentaculaire et engendre parfois des comportements tyranniques de la part des plus acharnés.

Pire cette attitude globalisante pose problème lorsque vous sortez des sentiers battus et rebattus des fictions issues des mondes de l’imaginaire. Un gros problème pour les auteurs, scénaristes mais aussi les modestes rolistes.

Euh c’est pas très clair ton histoire, Doc.

Oui bien sûr. Aussi je vais démontrer ce que je dis par l’exemple.

Jouons à un jeu. Je dis un mot et vous notez ce qui vous vient en tête. Le cerveau mémorisant par association vous allez recevoir un flot d’informations connectées les unes aux autres.

On commence, vous êtes prêt ?

Mousquetaire.

Tout de suite beaucoup d’entre vous imaginez les héros de Dumas, les bagarres dans les auberges, les duels au fleuret, les gardes du Cardinal et l’Aventure au nom du Roy. Mais si je vous dis que moi cela me rappelle Bourvil en Planchet dans le film d’aventure de 1953 ; la chanson « All for One » avec Sting, Brian Adams et Rod Stewart mais surtout cette scène mythique dans les Trois Mousquetaires II (1954) où Athos, lassé des manigances de Milady contre son ami D’Artagnan décide d’en finir et la tue de sang-froid.

Evidemment là il y a moins de monde mais vous avez certainement des références personnelles. Nous touchons là à ce que j’appelle le référentiel fictionnel commun et le référence propre.

Autre essai : Horreur insidieuse.

Je suis certains que beaucoup vont penser à Lovecraft, aux grands anciens, à la lente érosion de la santé mentale des héros de ses romans. Si je vous disais que, pour moi et durant très longtemps, ces mots évoquaient la folie du héros du Horla et les autres personnages des nouvelles fantastiques de Maupassant ? Ou bien les nouvelles et récits horrifiques d’Allan Poe ? Oui car Lovecraft est arrivé très tard dans ma vie et Cthulhu ne me disait rien et son image me faisait juste penser à un poulpe bizarre. Pourtant le référentiel commun de beaucoup de « geeks » aujourd’hui place Lovecraft en pole position quand il s’agit de fouiller sa mémoire.

Allez un dernier pour la route : Métempsychose.

Là, la plupart d’entre vous sont largués, le mot est trop bizarre, inconnu et peu évocateur. Mais j’en vois là-bas au fond qui sourient, qui connaissent le mot et ce dernier évoque des choses dans leur petite tête. Bandes de coquins. Vous sentez ce plaisir qui pointent parce que VOUS savez et pas les autres.

On en revient à cette histoire de référentiel commun et propre (dans le sens d’individuel). Notre mémoire fonctionne tout le temps de la même manière, par association d’idées et de mots. Ainsi se construit un référentiel qui est unique. Fort heureusement beaucoup d’éléments de ce référentiel sont communs avec ceux d’autres personnes. Sans cela nous serions incapables de communiquer.

Voyons justement ce qui se passe quand deux personnes communiquent. Pour cela regardons le schéma en bas de l'article. Merci.

Disons que A et B communiquent. La partie en rouge est le référentiel propre de A, la mauve celle de B, en bleu le référentiel commun. Chaque fois que, pour communiquer, A va utiliser une idée du référentiel commun B le comprendra sans problème. S’il utilise une idée issue de son référentiel propre, B n’a aucune chance de la saisir. On notera que si on ajoute un troisième larron, le référentiel commun ne pourra que réduire de taille. Si les trois veulent communiquer il faudra tout de même rester dans ce qui est partagé entre tous.

Mettons que A est un auteur de livre, un réalisateur ou toute autre personne cherchant à proposer des idées. Pour être compris par le plus grand nombre il va chercher dans le référentiel commun. Simplement à vouloir trop faire dans l’accessibilité, on tombe dans la facilité, le cliché. Si l’on cherche à casser cet état de fait et proposer des idées hors du référentiel commun on tombe dans ce que les cinéastes appellent le nanar, une tentative de déconstruction des codes narratifs qui, au mieux, fera sourire. On peut aussi choisir un référentiel commun avec un nombre limité de personne. Ce coup-ci l’auteur passera pour un élitiste, uniquement accessible à ceux qui partagent ses idées. Genre l’art abstrait.

Mais alors Doc, comment faire ? Tomber dans le cliché ou dans le nanar, il n’y a pas d’alternative ?

Eh bien oui puisqu’on arrive à avoir des œuvres de qualités qui proposent des choses nouvelles sans perdre leurs lecteurs / spectateurs / auditeurs, etc.

La clé c’est la contextualisation. On apporte une idée du référentiel propre dans un cadre commun. Remis dans un contexte, les idées deviennent compréhensibles. Les lecteurs (ou autres) intègrent ces idées et peuvent ainsi les apprécier sans être perdus. Un bon exemple c’est Games Of Throne (le Trône de fer en VF) qui propose un univers médiéval un poil fantastique avec des histoires de conspirations, de lutte pour le pouvoir et de trahisons. Rien de plus classique d’autant qu’on pense forcément à la guerre des Roses en Angleterre. Oui mais voilà, l’auteur nous déroute en tuant systématiquement les personnages qui sont censés être les héros que l’on aime bien et qui ne « peuvent pas mourir » (perclus que nous sommes de nos référentiels fictionnels). Nous sommes à la fois sécurisés par des éléments très classiques et déstabilisés par les rebondissements totalement impromptus et décalés. Si le leitmotiv « tout le monde peut mourir » avait été mal dosé, on serait tombé dans le cas « nanar » avec une série digne d’un mauvais film d’horreur.

En somme cette idée de référentiels communs et de contextualisation est importante car elle nous permet en tant que spectateur d’approuver ou désapprouver les choix narratifs. Ainsi les amateurs d’arts contemporains se renseignent sur l’artiste et ses intentions avant de venir voir ses œuvres. Sans quoi les tâches aux murs ne resteront que des tâches. Ce concept est particulièrement frappant avec le phénomène des Midnight movies, ces films bizarres qui passaient dans les séances de minuit et qui sont devenus cultes aujourd’hui.

En tant qu’auteur, cette idée nous permet de nous resituer dans nos intentions et de savoir ce que l’on propose et pour qui.

Le coin des rolistes : bien évidemment cet état de fait est très important pour la pratique du jeu de rôle. Vous vous demandez pourquoi la plupart des rolistes tournent autour de Donjons et Dragons, Cthulhu, Vampire ou Star Wars ? Pas par fainéantise ou conservatisme bon teint mais bien parce que ces univers représentent les référentiels communs de la plupart des rolistes. Grâce à cela ils sont capables de parler le même langage, de visualiser les mêmes choses en jeu. C’est pour cela que les jeux med-fan par exemple sont les plus efficaces, car la plupart des joueurs n’a aucun problème à entrer dans l’univers fictionnel d’un autre joueur. Un jeu comme Dungeon World par exemple est considéré par beaucoup comme génial car il change pas mal de choses tout en conservant la saveur D&Desque bon teint qui donne des repères aux joueurs. Succès garantis alors que le jeu d’origine (Apocalypse World) est peut-être un poil trop novateur. Pourtant c’est le même système !

Bonus Real Life : dans la vraie vie c’est pareil, certaines personnes vont parler le même langage que vous. Ce sera cool mais à un moment vous allez tourner en rond autour des mêmes choses. Quand vous ne partagez pas suffisamment de choses avec vos interlocuteurs, il faut s’arranger pour retrouver le référentiel commun. Et puis parfois vous allez rencontrer des gens qui n’ont rien en commun avec vous. Vous n’aurez rien à leur dire et vice et versa. That’s life !

ENJOY !

Schéma référentiel

Schéma référentiel

Commenter cet article

Delnatte 23/08/2015 11:39

Voila qui doit nous aider dans la volonté de "creer" et de donner envie aux joueurs de nous rejoindre sur un nouveau jeu..sauter un grand pas n'est que le plaisir d'un petit nombre...... lorsqu'on se rapproche des "termes", personnages et univers connus, les joueurs potentiellement interessés ont des chances "d'essayer" et l'incorporation "positive" par touches des "différences" permettra d'absorber en douceur et sans rejet d'autant que le travail demandé sera fait par le MJ et non les joueurs ^^

Yoda 14/06/2014 16:42

J'ai trouvé cet article vraiment intéressant et novateur. Merci.

lepropre 06/06/2014 12:56

Les référentiels du Doc me confirment une fois de plus que cet homme est un grand malade.