Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
lesbonsremedes.overblog.com

Les bons remèdes du Docteur Dandy.

Lettre d’amour au Steampunk

Publié le 24 Juin 2013 par Dr Dandy in steampunk imaginaire

Lettre d’amour au Steampunk

Ca ne transparait pas forcément dans mes articles mais je suis un gros fan de Steampunk. Il est temps d’en parler et d’en dire un peu plus sur ce genre littéraire devenu un vrai phénomène de mode.

Avant-propos :

L’article devait sortir plutôt mais il a été retardé car j’ai reçu mon exemplaire du Guide Steampunk d’Etienne Barillier et Arthur Morgan. Une bonne partie de ce que je dis ici fut développé après ma lecture de cet ouvrage. Si vous souhaitez aller plus loin et en savoir plus, il vous faut ce livre de poche (à emporter partout) qui vous ouvrira les portes d’un autre-monde !

Dis Docteur, C’est quoi le Steampunk ?

Tout d’abord le Steampunk c’est juste une blague. Début des années 80, trois auteurs chapeautés par P.K. Dick découvrent un livre de 1840 racontant dans le détail le Londres Victorien et ses petites gens. Sans se concerter ils vont produire chacun un roman qui revisite l’époque victorienne tout en rendant hommage aux auteurs de l’époque. Comme une boutade à la mode du Cyberpunk et ses dérivés multiples, l’auteur KW Jeter a proposé ce terme pour essayer de donner une définition commune aux trois œuvres pourtant très différentes. Le mot était lâché et d’autres s’en sont emparés alors que les pères fondateurs n’en avaient rien à faire. Essayons d’y voir clair aujourd'hui alors que le genre explose.

STEAM

Machines infernales à vapeur, dirigeables, corsets et ombrelles, chapeaux haut-de-forme et monocles, voyages dans l’Aether, le Steampunk revisite le futur tel que l’imaginait Jules Verne et HG Wells. Le référentiel est victorien (1850-1900) mais inclus une part de modernité puisque nous regardons le futur de nos ancêtres avec notre vision contemporaine.

PUNK

L’aspect le moins développé aujourd’hui malheureusement. L’époque victorienne c’est à la fois de le début de la conscience sociale, des progrès scientifiques et techniques et les prémisses de ce que le 20e siècle a eu de plus puant, le capitalisme à outrance et les impérialismes nationaux. Face à cela le Steampunk propose de réinventer ce passé avec des individualités rebelles et romantiques en mesure de bousculer tout cela voir de changer le monde. Le Steampunk est irrévérencieux car il prône le fait que l’individu est important et doit rester lui-même au lieu de se fondre dans une société uniformisée.

METATEXTUEL

Derrière ce mot barbare se trouve un concept simple : le mélange entre réalité historique et fiction pour rendre hommage aux grands auteurs de l’époque. Jules Verne et Sherlock Holmes luttant côte à côte pour sauver Sarah Bernardt d’un malfaisant Moriarty souhaitant utiliser une arme ultime venue de la planète Mars. Voilà.

Esthétique et style

Le Steampunk c’est la classe. Le mouvement littéraire est devenu une mode vestimentaire avec le mouvement « vaporiste » (« Steamer » en anglais) qui consiste à s’habiller comme les héros et héroïnes des œuvres littéraires. Au menu beaucoup de cuir, de cuivre, de dentelles et autres matières nobles. Malheureusement le style Steampunk est souvent réduit à googles (les lunettes de protection des premiers aviateurs), corsets, chapeau haut-de-forme et bras mécaniques. En réalité le mouvement vaporiste pratique la notion de « Do It Yourself » ou DIY. C’est le principe de tout faire soit même comme à l’époque où chaque tenue, machine, accessoire était fait à la main. Le mouvement favorise le fait d’être « indépendant, demeurer seul juge de ses goûts et ses valeurs, rester élégant et de bonne composition ». Comment ne pas adhérer ?

Evidemment le fait que le bébé n’a pas été reconnu par ses parents rend l’exercice de la définition ardu. D’autant que beaucoup se sont approprié le genre en posant leur propre définition. De plus, des mouvements proches récupèrent l’étiquette Steampunk pour de plus ou moins bonnes raisons.

C’est quoi ces variantes ?

Dieselpunk. Du Steampunk mais avec un référentiel historique différent, les années 30-50. Méchants nazis, blousons d’aviateur, pin-up et archéologue aventurier. Captain Sky et le monde de demain, Rocketeer, etc.

New Burlesque et Cabaret. Ces mouvements se rapprochent du Steampunk par le côté PUNK, irrévérencieux. Mais l’un est juste une esthétique sexy et l’autre un hommage aux années folles.

Gaslamp fantasy. Du Steampunk mais où le fantastique remplace la technologie à vapeur. Les maîtres à penser ne sont plus Verne et Wells mais Bram Stoker, Mary Shelley voir Lovecraft. Une dose de Tolkien aussi parfois.

Citons aussi le Radiumpunk de la Brigade Chimérique et l’Atompunk de Fallout.

Et toi c’est quoi qui te plait vraiment dans le Steampunk ?

Le véritable atout du Steampunk à mes yeux c’est cette idée de progrès et de science positive. A l’époque la vie était dure mais il y avait de l’espoir, un espoir que les choses iraient mieux grâce aux sciences, aux nouvelles technologies et aux idées nouvelles bousculant la société. Féminisme, socialisme, renouveau des cultures régionales, hygiène et machines autonomes faisaient penser que le progrès se mettrait au service de l’individu. Cette innocence perdue dans les affres des appétits nationaux et capitalistes ne représente plus rien dans un monde où la technologie asservie l’homme plus qu’elle ne la sert. C’est en cela que le Steampunk est attirant. Il propose de revivre cet instant fragile sans tomber dans la nostalgie passéiste ni un angélisme béat.

C’est bien beau mais je fais comment pour m’y retrouver là-dedans ?

Le bon docteur vous a fait une petite ordonnance des œuvres Steampunk à lire/voir/écouter pour explorer le genre.

Livres.

Futurs Antérieurs. Une superbe anthologie qui est un peu le point de départ du Steampunk à la Française. D’excellents textes avec notamment Du Sel sous les paupières de Thomas Day (Einstein tombe amoureux de Marie Curie et un mystérieux assassin rode dans les rues de Saint Malo) et Celui qui bave et qui glougloute de Roland C. Wagner où les martiens débarquent aux Etats Unis pour aider les indiens à vaincre l’oppresseur blanc avec des fusils laser !

La trilogie Steampunk de Di Filippo. Un très bon bouquin même si j’ai complètement décroché sur la dernière, n’ayant pas les références littéraires nécessaires. Les deux premières sont en revanche très accessibles et succulentes.

Confessions d’un automate mangeur d’opium de Fabrice Colin et Matthieu Gaborit. The référence pour l’école française du Steampunk. Un chouette roman qui respecte les codes même s’il parait un peu convenu au final.

Kraven ou la Ligue des Héros de Xavier Mauméjean. Si vous ne comprenez pas bien le concept de métatextualité vous allez être servi ! Lord Kraven, hussard au service spécial de sa majesté la Reine combat savants fous et espions prussiens pour sauver le Royaume. Mais surtout il lutte contre l’infâme Peter Pan. Oui vous avez bien lu. Très riche et bourré de références.

L’instinct de l’équarisseur de Thomas Day. Un incontournable. Arthur Conan Doyle n’a pas inventé les aventures de Sherlock Holmes, il s’en rappelle ! Aspiré par la machine dimensionnelle du bon docteur Watson, Doyle va se trouver chargé de raconter les mémoires de Holmes. Mais le célèbre détective n’est pas ce froid calculateur décrit dans les romans. Holmes est un dangereux psychopathe sans scrupule au service de la couronne. Il est l’Assassin de la Reine ! Incisif, cynique et jubilatoire, le roman est un grand moment de délire jouissif.

La lune seule le sait. Attention chef d’œuvre ! Une race extraterrestre arrivée en plein Paris a permis à Napoléon III de conquérir l’Europe. Face à l’oppression de l’empereur, le chef de la résistance, Victor Hugo, envoie Jules Verne sur la Lune pour libérer l’égérie de la lutte armée populaire, Louise Michel. J’avoue j’ai pleuré à la fin, oui. Et si je vous dis que les suites se passent respectivement dans les années 30 et 50 et qu’on y trouve des soucoupes volantes et des nazis pour l’un et un John Wayne président et Elvis agent spécial sélénite pour l’autre ?

Sans âme de Gail Carriger. Pas lu mais sur ma liste. De la bit-lit victorienne ? Oui mais de la bonne, pas un truc mièvre. Au contraire, l’héroïne de Garriger n’a pas d’âme ce qui la protège des nombreux vampires et loups garous qui pullule dans cet univers. Libre et rebelle, la jeune femme bouscule les codes d’une Angleterre victorienne guindée et coincée.

Musique :

Difficile de définir la musique Steampunk. On pourrait imaginer quelque chose qui réinvente la musique de l’époque victorienne mais ce serait un écueil. La constante des groupes Steampunk c’est plutôt cette liberté créative qui permet de créer quelque d’unique. Souvent pop-rock ou folk, les groupes mélangent sons modernes et anciens, musiques ethniques et tout un tas d’autres choses avec l’ambition de créer un monde unique.

Abney Park. Le groupe de référence. Sur une veine pop-rock, le groupe mélange l’orientalisme avec l’électro ou même de la musique classique. Ils ont créé un monde peuplé de pirates aériens dans un monde brumeux. Cet univers est décliné dans leurs chansons mais aussi dans un jeu de rôle, de plateau, etc.

Electroswingers. Pour ceux qui apprécient le son rétrofuturiste de Caravan Palace. Dans leur album « Steampunk », les Electroswingers recyclent allègrement les tubes des années 1900-1930 à la sauce Electro. Mention spéciale pour le tube « It all depends on you » en « Depends on Cthulhu » !

Real Tuesday Weld. Mon groupe fétiche même s’il n’est pas totalement Steampunk. Inspiré par l’imagerie Cabaret et les crooners des années 50, le groupe conserve cette touche délicieusement rétro mais en ajoutant du rock, du jazz et de l’électro. Leur album thématique « The Last Werewolf » sonne comme un hommage à Bram Stoker et les autres auteurs fantastiques de l’époque. Eclectique et élégant ? Steampunk quoi !

Sunday Driver. Un groupe de pop dont l’album «The Mutiny » est clairement Steampunk. Une voix cristalline digne des chanteuses de la belle époque servie par des instruments classiques et des thématiques typique du genre. Très beau et envoutant.

Beirut. OK, ce n’est pas un groupe Steampunk. Mais à l’écoute de « The Flying club Cup » et da sa chanson phare « Nantes » on sent quand même vibrer l’esprit bohème qui agitait la société à la Belle Epoque. Romantique, indépendant et poétique, what else ?

Jeux:

Château Falkenstein. LE jeu de rôle Steampunk par excellence. Celui qui m’a permis de découvrir le genre en 1997. Un vrai bonheur aussi agréable à lire qu’à jouer. Dans une Nouvelle Europe alternative, la lutte s’engage avec les forces Prussiennes alliées aux seigneurs de la vapeur britanniques et les Faes de la cour sombre face à la France de Napoléon III, la Bavière de Ludwig II, les dragons alpins et l’alliance des Faes du roi Oberon. Rejouant avec dernièrement j’ai été surpris de constater qu’il n’a pas pris une ride même si le système de résolution à base de carte à jouer est classe mais un peu bancale. On en reparle très bientôt.

Victoriana. Un superbe jeu plus « Gaslamp fantasy » que réellement Steampunk. Ici nains, elfes et autres furries (des animaux humanoïdes) vivent sous la coupe des humains dans une société victorienne sclérosée. Lutte des classes, magie et aventures sont à la clé. J’apprends avec plaisir qu’une troisième édition est en cours d’élaboration et que nos amis de 7e Cercle seront en charge de la traduction. Miam!

Airship pirates. Le jeu de rôle basé sur l’univers d’Abney Park. Dans un futur apocalyptique la survie passe par le voyage dans des vaisseaux aériens marchant à la vapeur. Une esthétique forcément évocatrice mais qui change des sempiternelles ères victoriennes alternatives.

Unhallowed Metropolis. Post-apo zombie + Steampunk ?!? Dans cet univers classe on porte des masques à gaz depuis qu’une étrange maladie a transformé la population en zombie. Reclus dans des villes, les survivants se sont adaptés et apprennent à vivre dans cet environnement hostile.

Dystopian Wars. Un joli jeu de figurines pleines de machines infernales, de dirigeables et autres mécha à vapeur. Difficile de résister mais attention au portemonnaie qui va souffrir.

Jeux vidéo.

Arcanum. Un vieux jeu qui mêle fantaisie, magie et technologie à vapeur. Un jeu servi par une magnifique esthétique et une musique superbe. Un must à nouveau disponible.

Dishonored. Un jeu à la première personne qui parle de vengeance dans une uchronie dystopique Steampunk. Vengez-vous en éliminant ceux qui vous ont causé du tort.

Bioshock Infinite. J’entends beaucoup de bien de cette trilogie et de son épisode Steampunk. Tout ce que je peux en dire c’est que c’est très joli et çà donne envie !

Films et séries

Sherlock Holmes. Ou comment piller l’héritage de Conan Doyle pour en faire un blockbuster testostéroné. Si on oublie l’outrage fait à l’œuvre originelle on sera ravi d’y trouver des films plaisant, fun et à l’esthétique pompée sur le Steampunk.

La ligue des Gentlemen extraordinaires. Lisez la BD en priorité mais le film se regarde facilement comme un bon film popcorn. Mention spéciale pour la scène dantesque avec le Nautilus.

Les Enquêtes de Murdoch. Dans le Toronto de 1899, l’inspecteur William Murdoch enquête avec des méthodes très spéciales. Moitié détective, moitié savant en avance sur son temps, la série a un ton Steampunk malgré son ancrage dans la réalité historique. Loups garous, vaisseaux extraterrestres, voitures électriques ou automate à vapeur donnent une « steam touch » à cette jolie série. Mention spéciale à l’épisode avec Tesla et son canon électromagnétique !

BDs

Le Réseau Bombyce. Dans un Bordeaux tentaculaire au ton 1900, un duo de monte-en-l’air entretien la légende du criminel Réseau Bombyce dont ils sont les seuls représentants. Abandonné en cours de route par le scénariste, le dessinateur Cecil a continué à donner vie à ce monde inspiré par l’architecture de l'Art Nouveau. Merci à lui.

Steampunk par Joe Kelly et Chris Bachalo. Mort en 1780, le jeune Cole Blaquesmith se réveille 100 ans plus tard dans un monde changé. Lui-même n’est plus pareil avec son bras mécanique et un four à charbon à la place du cœur ! Œuvre pleine de folie et de délires aussi bien narratifs que graphiques, Steampunk n’est pas arrivé au bout faute de vente. Pourtant le titre fourmille d’idées et conserve une place spéciale dans ma bibliothèque.

Lady Mechanika par Joe Benitez. Inspirée par Kato de Steampunkgirl.com, cette histoire de détective mi-femme mi- machine joue avant tout sur l’esthétique Steampunk. C’est très beau à défaut d’être transcendant.

La ligue des Gentlemen extraordinaires. Vous avez dit métatextualité ? Ici le célèbre Alan Moore revisite toute la littérature de l’imaginaire du 19e siècle avec cette équipe de personnages issus des écrits de Wells, Verne, Stevenson ou Bram Stoker. Un vrai jeu de piste culturel dont les références nécessitent plusieurs lectures. Un indispensable pour votre BDthèque.

Comme on peut le constater le Steampunk est bouillonnant de créativité et source de nombreuses interprétations.

Le Steampunk est un genre mutant. Il peut être esthétique, revendicatif, multiculturel, français, breton ou même provençal. Qu’importe car c’est une formidable machine à créer de l’imaginaire.

Alors faisons fi des esprits chagrins qui trouvent cela désuets, des ignares qui profitent d’une mode pour paraitre originaux (Big Up Justin Bieber !) et des intégristes qui comptent le nombre de « googles » en préconisant un Steampunk "pur" et continuons à REVER.

Illustration par DeltaMike: http://deltamike.deviantart.com/gallery/

Rien ne s’est fait de grand qui ne soit une espérance exagérée.

Jules Verne

Commenter cet article

carte france napoleon 09/08/2013 01:50

Merci pour ce bel article. J'aime beaucoup ton blog.
Vive la france :-)
Fiora

Tincho 25/06/2013 13:34

J'aimais beaucoup ton blog, maintenant, je vais finir par l'adorer ! :D

Très bon article, clair, concis, intéressant, bien écrit et bien construit. Je vous tire mon haut de forme, ou plutôt ma casquette de gavroche Docteur Dandy !