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Les bons remèdes du Docteur Dandy.

Lady Rossa, Ciao Bella

Publié le 18 Octobre 2017 par Dr Dandy in jeux de roles, critique, contemporain

Les Brigades Rouges

Avant-propos: J'écris ici une critique pour le jeu Lady Rossa, parue dans le Di6dent N°14. Pour des raisons logistiques je n'ai pas pu le lire plus tôt mais je tiens à en parler car il a fait polémique en son temps. Au passage cet article se veut un hommage à un magazine qui vit peut être ses dernières heures (rien d'officiel mais l'officieux sonne de manière vraiment définitif) pour lequel j'entretiens beaucoup d'affection. Les différents rédacteurs de Di6dent ont su faire preuve d'un grand professionnalisme et produire des articles de qualité. Si vous ne devez en acheter que qu'un achetez le 14 et sa thématique politique ou le 10 qui traite de la Guerre avec brio.

Ah ok Doc! Toi aussi tu te lances dans l'apologie du terrorisme! A quand Daesh RPG ou Ku Klux Klan le jdr?

Houlà pas d'amalgame foireux ou de raccourci simpliste. Déjà parlons de de la difficulté de ludifier un sujet sensible sans tomber dans l'apologie ou le mode édulcoré (qui a dit ONE%?). Il est très important quand on joue des personnages qui ont un parti pris fort (quel qu’il soit) d'inviter les joueur.euse.s à se mettre en situation pour qu'ils/elles acceptent les principes et jouent avec ça. Il ne faut pas non plus préjuger de ce que les pjs vont pouvoir faire ou ne pas faire. Ainsi jouer des terroristes exige pas mal de finesse pour ne pas tomber dans les dérives de l'apologie (trop cool on pose des bombes) ni dans le refus de jouer ce type de personnage (impossible de jouer un salaud). C'est presque un exercice d'équilibriste. Dans le cas présent Lady Rossa nous propose de jouer des membres des Brigades Rouges dans les années 70 en Italie, les années de plomb. Pour bien comprendre le contexte imaginez une France où mai 68 a échoué lamentablement, où les communistes cherchent à négocier avec un centre droit corrompu et immobiliste, où les grèves sont réprimées avec violence et où les groupes d'extrême droite sont pilotés par la CIA et les services secrets italiens. C'est l'Italie de l'époque et les membres des Brigades Rouges ne sont pas des gens issu des milieux modestes et animés par une haine basique du capitalisme mais des intellectuels ayant réfléchi et théoriser le "fascisme capitaliste". Ces gens-là se voyaient donc comme des résistantes faces une occupation (celle de l'argent et de la corruption). Cela n'excuse rien mais permet déjà de relativiser le niveau de fanatisme des militants. Il faut savoir aussi que la répression doublé de manipulation de factions diverses ont amené les membres des Brigades Rouges dans une spirale de violence. On pense aussi aux opérations de dénigrement comme le fameux attentat de la gare de Bologne, destiné à mettre en cause l'OLP (proche des BR) alors qu'il est le fruit de l'extrême droite, elle-même manipulée par la loge P2 (pour une fois les conspirationnistes avaient raison!). Même s'il y avait d'autres vrais méchants dans cette affaire, les révolutionnaires n'étaient pas non plus (que) de gentils gauchistes avec une idée romantique de la lutte armée. Peu à peu ils sont passé aux opérations de jambisation (tirer dans les genoux des policiers pour les "mettre à terre" institutionnalisant ainsi la mutilation de personnes dépositaires de la loi) ou l'enlèvement, procès populaire et éventuelles exécutions de patrons et autres grandes figures politiques qui a culminé avec la mort d'Aldo Moro, ancien président du conseil et adepte du "compromis" (et abandonné par le gouvernement italien sous l'influence de la CIA). Jouer des Brigades Rouges c'est finalement jouer sur des drames humains ni tout blanc ni tout noir.

ils étaient jeunes, ils étaient beaux. Ils voulaient juste la Révolution

Admettons! Mais j'y connais rien moi à l'histoire italienne, je fais comment?

C'est là où le jeu se démarque car il est extrêmement documenté. Je ne sais pas jusqu'où Macbesse est allé mais le jeu est très référencé allant même jusqu'à préconiser des ouvrages universitaires! Le sujet n'est pas donc pas traité par-dessus la jambe mais avec rigueur et le souci de ne pas présenter les Brigades Rouges comme de gentils révolutionnaires ni comme des dangereux assassins. Ce travail de documentation permet de proposer une œuvre "jouant avec l'histoire" tout en collant au plus près des faits historiques. L'auteur invite ainsi à ce que les joueur.euse.s jouent "leur version" forcément romancé mais en s'appuyant sur des situations réelles à l'image d'une fiction "réaliste". L'idée de base est de proposer une double série de personnages Prétirés. Une première pour jouer les débuts des Brigades focalisant les enjeux sur des grèves dures, des casses de machines dans des usines ou des coups de com' façon banderole dans des amphis. Rien de bien méchant mais tout de même durement réprimé par la police et les groupes aux ordres du patronat. La deuxième série de personnages sert de réservoir pour ceux qui "perdent" les premiers ou pour simplement monter en puissance dans la campagne qui va se durcir au fur et à mesure. Exit les gentils anarchistes lanceurs de pavés, bonjour aux activistes experts en explosifs ou en réseaux radicaux. En effet la campagne va basculer de préoccupations purement idéologiques à des problèmes de clandestinité, de criminalité (braquage pour financer la lutte) et soutiens externes (services secrets communistes, groupes armés sud-américains, mafia, etc.). Une spirale sans fin qui ne peut qu'aboutir sur l'exil, la prison ou la mort.

A la base juste de "gentils manifestants"

Et c'est quoi comme système? Ça marche comment? Comment impacte-t-il la fiction?

Macbesse a repris les mécaniques de Lady Blackbird et les a adapter. Pour résumer c'est un système basés sur des pools de d6. Chaque fois qu'un trait est applicable on va récupérer des dés à ajouter au pool et les résultats de 4 ou plus sont des réussites. Comme les dés proviennent d'une réserve, ils sont limités d'autant qu'un échec signifie la perte des dés utilisés. Pour en récupérer le.a joueur.euse va avoir à disposition des clés qui récompensent des points importants de la personnalité du personnage. Concrètement le résultat est très narratif, les éléments constitutifs du personnage (son apprentissage, son passé, sa personnalité) vont l'aider et donc pousser le.a joueur.euse à agir en conséquence pour réussir ses actions. L'intérêt du système est que les clés ne sont pas toujours en harmonie et parfois le personnage devra choisir entre l'une ou l'autre, entre loyauté et conviction, entre engagement et amour. Dans Lady Rossa c'est très bien géré et chaque personnage porte en lui/elle les germes de scènes importantes et de Drama entre membres de la Brigade. L'auteur va même plus loin en mettant en place une logique de l'escalade. En effet à chaque échec de la part d'un personnage, le MJ empire la situation. Soit directement suite à l'action soit indirectement (un policier qui fait une patrouille au moment où le PJ rate son jet pour crocheter une serrure par exemple) souvent avec une logique de la spirale. Autre effet, non mécanique celui-là, celui des choix. Les conseils invitent à donner des choix impossibles aux personnages pour savoir quelle part d'eux-mêmes ils vont sacrifier. Dur. Macbesse a aussi ajouté une fiche de la Brigade afin de gérer l'état du groupe entourant les pjs. Seront-ils en sous effectifs, fauchés, sous surveillance? Aux personnages de prendre en main la survie du groupe.

A un moment ça a dégénéré...

Ciao Bella

Alors Lady Rossa c'est vraiment bien? C'est crédible et pas du tout douteux dans sa vision d'une période noire de l'Italie?

Très franchement ce serait difficile de faire mieux au vu du sujet notamment dans la façon dont c'est traité. Personnellement depuis ma lecture, j'imagine des histoires façon cinéma franco-italien des années 70-80. Je vois un film réalisé par Bertolucci, avec un Michel Piccoli en juge implacable, Marcello Mastroianni et Jean Louis Trintignant perdus entre convictions et leur amour pour une Ornella Muti en égérie rouge vénéneuse malgré elle. Bref du lourd. Car Lady Rossa renvoie à une esthétique, aux codes d'une époque mais aussi à des drames humains bien réels. C'est un peu son défaut aussi car il transforme une terrible histoire en sorte de drame cinématographique avec son lot de romantisme. Une approche certes plus attirante pour la rendre jouable mais aussi un brin indulgente envers ces gens qui ont fait les plus mauvais choix possibles. Ne l'oublions pas. Je trouve que mécaniquement cela manque d'intensité. Peut-être aurait-il fallu utiliser un moteur du type Apocalypse ou au moins un système qui génère du stress pour forcer les personnages à agir malgré eux. Ici Lady Rossa laisse beaucoup de responsabilité au MJ même s'il est bien guidé. En tout cas c'est largement suffisant pour me donner envie de tenter l'expérience.

 

E se io muoio da partigiano

Tu mi devi seppellir*

ca ne pouvait pas bien finir.

*Extrait du Chant des partisans

 

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